La grâce propre de Notre-Dame de Bargemon

La grâce propre de Notre-Dame de Bargemon

Le Père Raphaël est assurément un bon théologien et un mystique, ce livre en témoigne ainsi que les conférences mariales qu’on lui demandait à travers la France. Son récit détaillé des événements de Bargemon permet de comprendre ce que la sainte Vierge est venue proposer ici.

Dieu premier servi

C’est le premier souhait de Notre-Dame lors de son apparition à Elizabeth Caille, pourtant à l’article de la mort. « La dame Caille, priant alors la pélerine (la sainte Vierge) de monter dans sa maison, elle lui dit : que d’abord elle voulait aller à l’église rendre l’hommage qu’elle devait à Dieu. Ce qu’elle fit accompagnée de la dame Caille, qui y récita avec elle sa prière, après laquelle elles revinrent toutes deux au logis ».

D’abord rendre l’hommage que l’on doit à Dieu, quelques soient nos besoins ou notre état. Ce grand retour intérieur indispensable, même pour un chrétien fervent, replace notre vie entre les mains du Créateur et le Salut éternel au cœur de nos préoccupations. Tout accommodement avec le monde et l’esprit du monde doit cesser. Et ce, dans nos rapports à nos biens, à notre santé, à nos relations, à nos engagements, aux évènements et à la nature.

On le voit bien dans cet ouvrage, lorsque quelqu’un se détourne des préoccupations du monde et se jette dans les bras de Notre-Dame de Bargemon, celle-ci reçoit comme l’aval de son cœur à conduire sa vie, pour son plus grand bien et pour la gloire de Dieu.

La conversion

Le cœur de la sainte Vierge est touché par les promesses et les vœux qui lui sont faits. Ils manifestent une relation à Dieu qui ne s’exprime plus par une demande et une attente passives comme on pourrait les vivre envers n’importe quelle divinité ou dans une religiosité superstitieuse. Notre-Dame de Bargemon nous engage dans l’absolu de la foi : devancer l’exaucement par un changement de vie, un pèlerinage et une consécration à la charité, c’est prouver la gratuité d’une relation fondée uniquement sur l’amour. Devant le mal qui me frappe ou éprouve ma famille – permission voire miséricorde divine -, je réalise qu’une part de mon existence est consacrée à autre chose qu’à Dieu. Et j’exprime cette découverte dans un engagement nouveau, preuve d’un manque d’amour à combler. Gratuité pour gratuité, le Père Raphaël en parle ainsi : « … ne faire jamais à la sainte Vierge demande absolue, mais seulement avec condition, si c’est que pour la gloire de son Fils et le salut de nos âmes, offrant de ne vouloir, après toutes nos demandes, que ce qu’elle voudra, au temps et à la façon même qu’elle le voudra ».

Le retour complet à Dieu, la conversion donc, voilà l’intention première et ultime de Notre-Dame de Bargemon.

Les sacrements

Et cette conversion s’exprime d’abord par le retour à la grâce du baptême, en vivant ce « second baptême » qu’est le sacrement de réconciliation, la confession[1]. Le Père Raphaël écrit : « La première condition est que vous soyez en état de grâce, et qu’avant vos demandes vous ayez effacé, par la contrition, tout ce qui peut déplaire à cette divine Reine, de peur de profaner un autel si sacré par l’impureté de vos offrandes… »

Retrouver la grâce du baptême, se laver de tout ce qui l’a souillé voire apostasié, se présenter alors à la sainte Vierge comme enfant de Dieu et donc frère de Jésus, voilà qui non seulement nous replace dans notre vocation mais encore nous éclaire sur quoi et comment demander. Le Père Raphaël l’exprime ainsi : « Les meilleurs apprêts, pour une bonne demande, sont une bonne confession et un sincère repentir de la vie passée pour être remis en grâce, ce qui est la première et la plus nécessaire disposition d’une utile prière ».

C’est le premier sacrement auquel Notre-Dame de Bargemon nous appelle. Tant et si bien que très vite le Père Raphaël ne suffit plus à la tâche : « les miracles y ont parus si fréquents et si visibles ; les confessions et les conversions si familières, qu’il a fallu chercher ailleurs des ouvriers pour cette si abondante moisson et satisfaire à la piété des pèlerins ».

Mais la conversion manifestée par le retour au baptême, c’est en vue de tout recevoir dans et par le sacrement de l’eucharistie : « c’est ici l’hommage le plus agréable, le plus glorieux et le plus utile que vous puissiez rendre à cette adorable Princesse, qui étant invoquée dans ces messes et priée d’intercéder auprès de son Fils crucifié qu’on sacrifie, et auprès du Père éternel à qui on l’offre, obtient infailliblement l’effet de nos demandes, si elle prévoit que cela nous doit être utile ».

La messe, « source et sommet de la vie chrétienne », voilà ce que la sainte Vierge propose en ce lieu comme le moyen d’être exaucés. On touche sans doute en cela la grâce propre de Notre-Dame de Bargemon, qui n’est pas d’abord de nous guérir mais de nous faire expérimenter que la messe EST le sacrement de guérison, remède aux maladies de l’âme et du corps et même restauration de la Création[2] ! Marie nous ramène ici à la Croix, pour vivre de la Résurrection du Sauveur. On pourrait dire qu’elle est à Bargemon Notre-Dame de l’Eucharistie

C’est par la tradition des « neuvaines de messes » que s’obtiennent habituellement à Bargemon les grâces demandées à la sainte Vierge. La neuvaine de messes, comme les neuvaines de prières, a son origine dans les neuf jours qui séparent la fête de l’Ascension de celle de la Pentecôte. Elle nous unit ainsi à l’attente et à l’espérance des apôtres réunis au Cénacle autour de Marie. Elle nous prépare, enseignés par la sainte Vierge, à la joie de tous les exaucements et à la puissance du témoignage par la charité communautaire, comme lors de la Pentecôte.

La prière confiante

La foi est assurément le grand appel de la sainte Vierge à Bargemon. Retour à la foi par la conversion, nourriture de la foi par les sacrements, et persévérance de la foi par la prière confiante.

Confiance, qui suppose que la prière soit une relation entre deux personnes. Ce n’est donc pas « faire une prière », mais « prier »[3]. Et prier, c’est « parler à Dieu avec amour »[4]. La sainte Vierge est notre maman du ciel, et le Père Raphaël nous rappelle l’insistance qui manifeste la certitude enfantine qu’elle ne peut refuser ce qui est bon : « Il faut vaincre la sainte Vierge par importunité ; il faut rendre nos corps et nos cœurs inséparables de ses pieds, s’attacher fermement à eux et lutter avec elle par nos prières, comme Jacob avec l’ange, et avec des protestations pareilles aux siennes : Je ne te lâcherai pas tant que tu ne m’auras pas béni ».

Il se peut qu’on ne soit pas exaucé à la première prière ou neuvaine. Cela signifie peut-être que nous devons purifier notre demande : « Si votre salut ne s’y oppose point, vous l’obtiendrez ; mais en demandant, concluez toujours, avec une soumission filiale, que sa volonté soit faite ; assujettissant l’ordonnance irrégulière de vos désirs aux ordres réglés de la providence, qui, voyant clair dans les abîmes de l’avenir, juge quelquefois que les choses que nous demandons comme des biens, nous seront des maux ». Ou alors que nous devons purifier notre confiance : « Cette Mère d’amour prend souvent plaisir de différer ses faveurs, pour entendre nos prières et éprouver notre constance ».

Pour le Père Raphaël, cette confiance-intimité va jusqu’à nous faire entrer dans les sentiments-mêmes de la sainte Vierge, jusqu’à lui rappeler ce qu’on a soi-même profondément compris : l’amour qui l’unit à son Fils. « Il ne faut que dire à la Mère de Dieu : pour l’amour du Fils que vous avez produit et par les plaies de celui que vous avez vu mourir sur la Croix, après l’avoir fait naître dans une crèche. A l’instant son âme se fond et se distille en grâces, qui coulent abondamment sur nous ».

Le pèlerinage

L’être humain n’est pas un esprits, mais « corps-et-âme ». Et son corps, unique et définitif compagnon et serviteur de son âme, a pour fonction d’exprimer, de véhiculer en quelque sorte ses vertus et intentions. Dans la résurrection, nos corps seront spirituels et donc mèneront instantanément nos âmes où elles doivent rendre gloire à Dieu. Ainsi du corps de Jésus présent réellement sur tous les autels et en tous les tabernacles, comme du corps de la Sainte Vierge manifesté en tous lieux d’apparition. Sur terre il n’en est pas ainsi. Nos corps sont encore matériels, matériels de chair au sens biologique comme au sens des passions désordonnées et des atavismes généalogiques. Il faut donc le dompter et le rendre docile à l’influence de l’âme : c’est le but du jeûne et spécialement du pèlerinage…

A Bargemon la Sainte Vierge attend ses enfants. Le Père Raphaël le note ainsi : « Une sorte de respect et d’amour pour cette amoureuse Mère, c’est de visiter le lieux où elle se plaît et qu’elle a choisi pour être servie… En cette vénérable chapelle de Bargemon, la Sainte Vierge nous somme de venir lui rendre nos hommages ». Il ajoute ailleurs que non seulement l’âme, mais aussi le corps qui est souvent l’objet de nos demandes, doivent honorer la Sainte Vierge par le pèlerinage.

Enfin, le pèlerinage est l’expression la plus simple de la découverte de notre vraie finalité : nous rejoignons le Ciel, nous retournons au Père.

[1] Retrouver cette appellation ancienne du sacrement de réconciliation permet d’en mesurer la nécessité et la puissance. Le Pape François n’hésite pas à le faire : « Même quand la porte, que le baptême a ouvert pour entrer dans l’Eglise, se  ferme un peu, à cause de nos faiblesses et de nos péchés, la confession la rouvre, justement parce qu’elle est  comme un second baptême qui nous pardonne tout et qui nous illumine pour marcher avec la lumière du Seigneur ». (Catéchèse du 13.11.2013).

[2] « Quel malheur que nous ayons au milieu de nous un trésor immense et inépuisable, et que, faute de le connaître, nous vivions dans l’indigence ; que nous ayons en notre pouvoir un remède à toutes sortes de maux, un arbre de vie qui peut nous communiquer non seulement la santé, mais l’immortalité même et que cependant nous soyons accablés d’infirmités, que nous vivions d’une vie languissante, que nous mourions tous les jours de la plus funeste de toutes les morts. La messe est ce remède universel, cet arbre de vie, ce riche trésor ». (Saint Claude La Colombière, Réflexions chrétiennes)

[3] Monseigneur Rey, évêque de Fréjus-Toulon, témoigne ainsi de son amour de Dieu dès l’enfance : « à la maison, on ne faisait pas la prière en famille, on priait en famille ». (Témoignage lors d’une session des Cellules Paroissiales d’Évangélisation à Sanary)

[4] Saint Jean-Paul II, rosaire médité lors de son voyage en France en 1996, pour le mille cinq-centième anniversaire du baptême de Clovis.

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